TRIBUNE 2012 par Stephan Castang

 

« Un film muet vu sans accompagnement musical fait que les spectateurs ressentent un malaise. (…) La musique est une sorte de 3ème dimension de l’écran. » BÉLA BALAZS

 

Une image projetée sans le moindre son est très vite oppressante, presque mortifère. C’est pour cela que le cinéma, à ses débuts, a ajouté la musique en direct, soit un pianiste, soit un orchestre. La partition apportait ce qu’il manquait aux images : le son, en somme le vivant. Le ciné-concert est une manière de revenir aux origines du cinéma, à sa dimension de spectacle. C’est un lieu commun qui se vérifie chaque année au moment du festival proposé par Scènes-Occupations. Plusieurs publics se croisent : ceux qui aiment la musique, les cinéphiles, les curieux et puis ceux qui n’ont que ça à faire. On boit un coup de rouge avant la séance, on grignote une tartine. Au-delà de cet aspect anecdotique, convivial, presque typique… On vient surtout voir un film dans d’autres conditions que celles proposées par l’industrie. Une séance « unique » car les musiciens vont jouer avec ce film et avec ce public. Ils seront les passeurs de ce film, un trait d’union entre nous et l’écran.

Je me souviens d’une projection de « L’aurore » de Murnau avec le guitariste Olivier Mellano. J’avais beau connaître ce film par cœur, le musicien lui transmettait une couleur que je n’avais jamais vue jusque-là. Son interprétation nous donnait à entendre un nouveau sens, forcément un autre rythme… C’est-à-dire qu’il influait  sur le montage. Sa musique devenait une dramaturgie. Et c’est peut-être une des forces du ciné-concert, c’est de ne nous rappeler qu’au cinéma, la musique n’accompagne pas le film, elle dialogue avec. Comme souvent au théâtre, c’est un dialogue avec les morts. Des musiciens vivants, compositeurs ou improvisateurs, parlent avec un film dont les protagonistes sont disparus depuis plusieurs décennies. Ainsi se créent un temps et un espace propres au cinéma, au spectacle en général, un temps où les époques se confondent, un espace où le film et la musique s’accordent ensemble.

Cette année, Scènes Occupations nous propose de poursuivre ce dialogue avec Feuillade, Tati, Keaton et pour ma part je ne manquerai pas de revoir le chef d’œuvre de Schoedsack et Cooper : King-Kong qui reste l’adaptation la plus forte, la plus sensuelle et la plus drôle du Roi Kong.

Bon festival et en attendant la prochaine séance, buvons déjà un coup de rouge !

 

Stéphan Castang

 

 

Still quiet here.sas